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E-reporting

E-reporting : le volet qu'on découvre trop tard

La réforme a deux volets, et le second est passé presque inaperçu. Beaucoup de dirigeants ont compris qu'il faudrait émettre des factures électroniques, puis se sont rassurés : « je vends à des particuliers, ça ne me concerne pas ». C'est exactement l'inverse.

Gratuit, sans compte, quelques minutes.

Deux obligations, pas une

Ce que la réforme appelle facturation électronique ne couvre qu'une partie de votre activité : les ventes à des entreprises assujetties à la TVA et établies en France. Pour tout le reste, l'administration veut quand même les données — mais par un autre chemin.

E-invoicing

La facture circule

Vous émettez une facture au format structuré, une plateforme agréée l'achemine jusqu'à votre client. Il la reçoit, il peut la refuser, son statut vous revient.

Périmètre : vos clients professionnels établis en France.

E-reporting

Seules les données partent

Aucune facture n'est transmise à personne. Vous déclarez à l'administration le montant des opérations et la TVA correspondante, à intervalle régulier.

Périmètre : particuliers, étranger, et certains achats.

Une même entreprise relève souvent des deux. Un artisan qui pose des fenêtres chez des particuliers et en installe aussi pour un promoteur fait de l'e-invoicing le matin et de l'e-reporting l'après-midi.

Ce qui entre dans l'e-reporting

Trois familles d'opérations, dont la dernière surprend systématiquement.

  1. Vos ventes à des particuliers. Commerce de détail, restauration, services à la personne, professions de santé non exonérées, e-commerce grand public. Ces opérations ne donnent pas lieu à une facture électronique : elles donnent lieu à une déclaration agrégée.
  2. Vos opérations avec des clients établis hors de France. Une entreprise belge ou canadienne n'est pas raccordée au dispositif français. Vous lui facturez comme aujourd'hui, et vous déclarez l'opération.
  3. Vos achats auprès de fournisseurs étrangers. Celui-là est presque toujours oublié, parce qu'on ne pense l'e-reporting qu'en termes de ventes. Vos abonnements logiciels facturés depuis l'étranger, vos achats de marchandises hors France : à déclarer aussi.

Le cas qui piège le plus

Un commerçant qui ne vend qu'à des particuliers conclut souvent qu'il n'est concerné par rien. Il l'est : par l'obligation de recevoir les factures électroniques de ses fournisseurs, et par l'e-reporting de ses ventes. Ne pas être concerné par l'émission ne dispense d'aucune des deux.

Ce qu'il faut transmettre

Pas vos factures, ni le détail de chaque vente. Des données de transaction, dont le niveau de détail dépend du type d'opération.

OpérationNiveau de détailEn pratique
Ventes aux particuliersAgrégé par périodeMontant total des opérations et TVA correspondante, ventilés par taux.
Clients étrangersOpération par opérationLes données de chaque transaction, à l'unité.
EncaissementsSelon le régime de TVAExigés des entreprises dont la TVA est due sur les encaissements — les prestataires de services, pour l'essentiel.

En pratique, c'est votre logiciel de caisse ou de gestion qui produit ces données et votre plateforme agréée qui les transmet. La question à leur poser n'est pas « êtes-vous conformes ? » mais « prenez-vous en charge l'e-reporting, et à quelle fréquence ? ». Beaucoup d'offres couvrent la facture et laissent ce volet de côté.

À quelle fréquence

C'est votre régime de TVA qui commande, pas votre taille. Deux entreprises de dix salariés dans la même rue peuvent avoir des rythmes différents.

  • Régime réel normal : transmission alignée sur la périodicité de vos déclarations de TVA, mensuelle dans le cas le plus courant.
  • Régime simplifié : transmissions plus espacées, en cohérence avec un rythme déclaratif lui-même plus espacé.
  • Franchise en base : vous ne facturez pas de TVA, mais vous n'êtes pas hors du champ pour autant. La franchise ne dispense ni de recevoir, ni d'émettre, ni de déclarer.

La bonne question à poser

« À quelle fréquence dois-je transmettre mon e-reporting ? » est une question à poser à votre expert-comptable en nommant votre régime de TVA. Une réponse générale trouvée en ligne a de bonnes chances de ne pas être la vôtre.

À partir de quand

L'e-reporting démarre à la même date que votre obligation d'émettre. Grandes entreprises et ETI : 1er septembre 2026. Micro-entreprises, TPE et PME : 1er septembre 2027.

L'obligation de recevoir des factures électroniques, elle, s'applique à tout le monde bien avant. Le calendrier détaillé reprend les trois dates et ce qu'elles impliquent chacune.

La sanction, elle, est nettement plus lourde que celle d'une facture non conforme : 500 € par transmission manquante contre 50 € par facture, avec un plafond annuel de 15 000 € propre à chacune. Une entreprise qui néglige l'e-reporting pendant un an ne rate pas une case : elle rate douze transmissions.

Ce que vous pouvez faire maintenant

L'e-reporting ne se prépare pas en écrivant du code : il se prépare en vérifiant deux choses — que votre outil produit les données, et que votre plateforme les transmet.

Savoir si vous êtes concerné

Le diagnostic distingue vos deux obligations et vous dit laquelle s'applique, à quelle date, selon votre clientèle.

Choisir une plateforme

Toutes ne couvrent pas l'e-reporting. Les questions à poser avant de signer.

Questions fréquentes

Quelle différence entre e-invoicing et e-reporting ?
L'e-invoicing, c'est la facture elle-même, transmise à votre client par une plateforme agréée. L'e-reporting, c'est une déclaration de données à l'administration, sans facture transmise à personne. Le premier concerne vos ventes à des professionnels établis en France ; le second, tout le reste — particuliers, étranger, et certains de vos achats.
Je ne vends qu'à des particuliers. Suis-je concerné ?
Vous êtes très peu concerné par la facturation électronique, et entièrement concerné par l'e-reporting. C'est le cas de figure le plus piégeux de la réforme : le commerçant, le restaurateur ou le coiffeur qui conclut « je ne facture pas d'entreprises, ça ne me regarde pas » se trompe de volet.
Dois-je transmettre chaque vente une par une ?
Non. Pour les ventes aux particuliers, ce sont des données agrégées par période qui sont transmises — le total des opérations et de la TVA correspondante, pas le détail de chaque ticket. Les opérations avec des clients étrangers, elles, se transmettent opération par opération.
À quelle fréquence faut-il transmettre ?
Cela dépend de votre régime de TVA, pas de votre taille. Au régime réel normal avec déclaration mensuelle, la transmission est mensuelle. Au régime simplifié, elle est plus espacée. C'est la question précise à poser à votre plateforme ou à votre expert-comptable, parce que la réponse n'est pas la même pour deux entreprises voisines.
Un achat auprès d'un fournisseur étranger est-il concerné ?
Oui, et c'est l'oubli le plus fréquent. Vos acquisitions auprès de fournisseurs établis hors de France entrent dans le périmètre de l'e-reporting, alors même qu'il s'agit d'achats et non de ventes. Un abonnement logiciel facturé depuis l'Irlande ou les États-Unis relève de ce cas.
Que risque-t-on à ne pas transmettre ?
500 € par transmission manquante, dans la limite de 15 000 € par année civile — article 1788 D du code général des impôts. Ce plafond est distinct de celui qui s'applique aux factures non électroniques : les deux amendes se cumulent.